All for Joomla All for Webmasters

Éditorial

Disparition du salariat, revenu universel, patriotisme économique… une campagne animée

 

Le monde bouge, c’est évident. Les politiques menées doivent évidemment en tenir compte et leurs inspirateurs tenter de définir des axes en cohérence avec les évolutions possibles. Certains candidats ou ex-candidats aux présidentielles envisagent sereinement la disparition du salariat dans le privé. On deviendrait tous auto-entrepreneurs. Ayant été quasiment depuis le début de ma carrière patron d’entreprise, je regarde avec sympathie ceux qui mettent tout en oeuvre pour développer leur activité, créer leur propre emploi et peut-être bientôt fournir du travail à d’autres. Pour autant, un collaborateur auto-entrepreneur, disons plutôt externe, équivaut-il à un salarié ? Lors de notre conférence récurrente sur le Salon des Entrepreneurs de Paris, le 2 février dernier, un de nos intervenants, patron de PME, nous expliquait qu’il était revenu de la « sous-traitance commerciale », car il faut garder le lien avec ses clients et que l’activité d’un exécutant extérieur ne lui était évidemment pas consacrée à 100%.
Pour ceux qui raisonnent à partir d’un projet d’abandon complet ou quasi-complet des frontières, on suppose que la disparition du salariat peut être intéressante économiquement, puisque l’on sera en mesure de faire appel plus facilement à une main-d’œuvre étrangère non soumise à notre législation sociale. On sait, en effet, que, malgré de possibles contournements, le lieu de subordination engendre des obligations de déclarations, de couvertures sociales… même en cas d’emploi de non nationaux.

Préserver son pré carré

Aux prochaines présidentielles, une des questions fondamentales qui va se poser sera de savoir si l’on souhaite, non pas s’isoler, mais en tous cas, préserver un pré carré où nos concitoyens jouissent d’un niveau de vie plutôt élevé et des protections sociales significatives, ou alors de penser aux autres, quitte à y perdre un peu ou beaucoup. Tant il est vrai que les « pauvres » de notre planète tendront à venir chez nous, si leurs conditions sont trop misérables.
Le mouvement de balancier fait pencher actuellement du côté d’un certain repli identitaire, face à un monde qui fait peur. On parle beaucoup de protectionnisme, mais je ne crois pas qu’aucun dirigeant mondial – sauf exception rarissime – veuille récemment casser l’essor des échanges commerciaux. En revanche, la tentation de restreindre les flux de personnes est bien présente.
A côté de ces réflexions de fond, on peut toujours discuter du niveau des impôts, des charges sociales… mais c’est moins transcendantal, quoiqu’important à court terme. Il me semble que l’ensemble des candidats plaident pour une réduction de la pression fiscale, mais en général, en l’allégeant ici pour l’augmenter là… Le tout est aussi de faire des économies en matière de fonctionnaires territoriaux par exemple. Et pour cela, de diminuer drastiquement le mille-feuille administratif. On retrouve cette « promesse » dans un programme, sauf erreur de ma part. J’aimerais la retrouver ailleurs car, en général, l’opposition est contre l’accroissement du mille-feuille, jusqu’à ce qu’elle en découvre les bienfaits : davantage de postes d’élus, d’amis à caser… Ce n’est pas propre à un parti en particulier. A cet égard, cependant, réduire le nombre de députés et de sénateurs ne me semble pas forcément opportun, car il faut compter suffisamment d’élus pour être au plus près des citoyens. C’est d’ailleurs pourquoi on doit arrêter de priver les communes de leur pouvoir de décision en éloignant les habitants de leurs représentants locaux. En revanche, une dose de représentation proportionnelle aux élections législatives serait la bienvenue. On voit bien qu’une partie importante des électeurs n’est pas correctement représentée à l’Assemblée nationale, ce qui fausse l’orientation des débats, telle qu’elle devrait être.
Pendant ce temps-là, l’économie tourne, fort heureusement, mais un peu au ralenti quand même, malgré de profondes transformations, on l’évoque dans ce numéro à propose de l’automatisation des entrepôts. Ce qui posera immanquablement des problèmes d’employabilité, de nouveaux pans de la population.
Faut-il pour autant partir battus comme le fait un candidat promoteur d’un revenu universel ? Je ne le crois pas, mais une réflexion de fond – et à plusieurs, s’impose.

 Alain Gazo

directeur de la rédaction