Dans un contexte où les défaillances d’entreprise demeurent à un niveau élevé et où les délais de paiement tendent à s’allonger, les credit managers, en titre ou en fonction, ont fort à faire pour éviter de mauvaises surprises à leurs entreprises, tout en maintenant les
courants d’affaires. Nous avons rencontré Sébastien Cordier, le nouveau président de l’AFDCC (Association française des credit managers et conseils) lui-même professionnel de ce métier depuis vingt-huit ans.

L’AFDCC est une association née il y a cinquante-cinq ans déjà, qui a pour vocation de promouvoir le métier de credit manager, de permettre aux professionnels d’échanger sur leurs bonnes pratiques, ainsi que de développer des liens avec leurs collègues des services financiers ou clients. « Nous assurons également, souligne Sébastien Cordier, la promotion de notre métier dans les écoles afin de susciter des vocations chez les étudiants et de renouveler ainsi la pyramide des âges de nos professionnels » . « Cet exercice, poursuit-il, est toujours apprécié par les étudiants, qui apprennent de la sorte l’existence de notre métier au travers d’exemples concrets, ce qui leur parle bien davantage qu’un cours théorique de gestion du BFR ». Des formations sont proposées aux adhérents, sous différentes formes, à travers par exemple des colloques organisés à Paris ou en province, ou d’une manière plus « classique », sur des thèmes d’actualité.
L’AFDCC exerce aussi une fonction de lobbying auprès des pouvoirs publics ou d’acteurs qui comptent, à l’image des fédérations professionnelles. Un lobbying pour faire évoluer les mauvaises pratiques, par exemple en matière de délais de paiement, et aussi, comme le souligne Sébastien Cordier, nouveau président de l’AFDCC, pour mieux faire connaître le métier de credit manager dans les entreprises et son intérêt pour contrôler intelligemment le posteclients, mais aussi les fournisseurs.A la lumière de son expérience professionnelle de vingt-huit ans, Sébastien Cordier souligne que le risque fournisseurs, lorsqu’il pèse sur les partenaires stratégiques d’une entreprise, doit être surveillé de près. Et qui mieux que le credit manager pour le faire ? lance-t-il en substance. « Les acheteurs ne devraient pas hésiter à faire appel à nous, poursuit-il en substance, l’AFDCC doit davantage propager cette information ». Plus généralement, l’AFDCC doit préparer les credit managers adhérents au nombre « d’un millier environ », aux métiers de demain, en particulier à l’usage de l’IA.
Réagir sans retard
A propos des délais de paiement, Sébastien Cordier les remarque plutôt à la hausse, malheureusement. On sait que cela fragilise certains créanciers. « Le retard de paiement demeure la première variable d’ajustement, regrette-t-il, d’autant que le crédit inter-entreprises est gratuit, car les intérêts légaux de retard ne sont pas souvent facturés, par crainte d’indisposer les clients ».
A un moment donné, la situation peut devenir critique. « Souvent, le dirigeant pense s’en tirer tout seul, et lorsqu’il fait appel à la procédure de sauvegarde, insuffisamment utilisée, il est trop tard ». Et les défaillances d’entreprises sont maintenant revenues au niveau très élevé de 2008-2009, avertit le président, au-dessus de 70 000.Le point d’orgue de l’année pour l’AFDCC sera la Journée Crédit, qui devrait accueillir, comme chaque année, environ 500 visiteurs qualifiés –credit managers, conseils et partenaires. C’est un moment d’échanges très important entre ces professionnels. Ils pourront suivre plusieurs conférences, avec des interventions qui se veulent parfois décalées, pour prendre un peu de hauteur.
La Journée Crédit débutera ainsi par « un débat particulier et innovant » entre un économiste et un philosophe. Un point d’étape sur la mise en place de la facturation électronique sera effectué, « alors qu’à l’instant T, les entreprises ont pris du retard », selon Sébastien Cordier. L’après-midi, une table ronde sera consacrée aux procédures collectives, avec la présence de Hélène Bourbouloux, administrateur judiciaire. L’IA ne sera évidemment pas oubliée. La parole sera enfin donnée à un pompier de Paris, une façon bien sûr de rendre hommage à ce corps de métier et aussi de partager des stratégies qui peuvent donner à réfléchir sur des applications à d’autres métiers.


